Illustration musicale: Massive Attack – Unfinished Sympathy
L’idée de cet article m’est venu dans la prière de ce matin. Les derniers versets lus étaient:
50.41. Et sois à l’écoute, le jour où le Crieur criera d’un endroit proche,
42. le jour où ils entendront en toute vérité le Cri. Voilà le Jour de la Résurrection.
43. C’est Nous qui donnons la vie et donnons la mort, et vers Nous sera la destination,
44. le jour où la terre se fendra, les [rejetant] précipitamment. ce sera un rassemblement facile pour Nous.
45. Nous savons mieux ce qu’ils disent.
Tu n’as pas pour mission d’exercer sur eux une contrainte.
Rappelle donc, par le Coran celui qui craint Ma menace.
S’unir dans la foi est l’un des plus grands actes que le croyant puisse accomplir. A tout grand acte correspond une juste rétribution. Mais à tout grand acte est lié une épreuve à sa mesure. Le choix du conjoint est donc crucial. Comme pour la foi, il y a donc deux voies d’égarement. Le plus commun, celui donc on entend malheureusement le plus parler, c’est le choix d’un conjoint qui délaisse sa foi pour le monde d’ici-bas. Passé les premiers mois, voire les premières années, la piété apparente s’estompe et laisse place à du refus voire de l’hostilité. Le faux-semblant si il peut tenir dans le cadre restreint de la mosquée résiste difficilement à l’épreuve du temps au sein du foyer. Généralement, les choses vont s’étioler doucement mais surement. Un jour, on se réveille et on réalise que l’on est seul face au Créateur en son foyer. La question primordiale est: est-ce que le conjoint est un reflet de sa propre foi défaillante, ou bien s’agit-il là d’une épreuve? Dans le deuxième cas, ce type d’épreuve fait parti des plus durs qui soit. Réservée aux rapprochés d’Allah. Cependant, nous devons considérer une deuxième voie de l’égarement, moins répandue mais tout aussi dévastatrice: l’exagération. En terme simple, nous décrivons une personne dont la foi est déconnectée du Créateur en ce sens qu’elle devance les textes, devance les prophètes, devance même les savants de son temps. Une telle foi implique une contrainte permanente dans la rigueur sur le couple. Ce type de personne fait régner un climat de terreur sur son foyer. Bien souvent, en réaction, les enfants vont confondre la foi et l’exemple reçu et s’éloigner de la communauté des croyants. Pour certains, ils n’en reviendront jamais, mais il est clair que là c’est leur guidance propre. Qu’importe si ce retour se fait à un âge très avancé, l’important c’est l’état final. Un retour après une vie dissolue est bien plus méritant.
Ceci étant dit, considérons le moment de concrétiser l’union. Ce qui semble primordial à ce moment là, c’est d’avoir réglé ses comptes avec son passé. Il ne s’agit pas de tout effacer, de le nier. Il faut savoir dire les choses. Un enseignement qui revient souvent dans l’Islam est celui de cacher son passé aussi bien à ses frères de foi qu’à son conjoint. Allah cacherait les péchés aux hommes. Je dirais qu’effectivement, si l’on ne se sent pas capable d’assumer son passé, il vaut mieux conserver le silence. Mais, selon moi, ce qui fait le plus grandir, c’est la parole. Attention, la parole juste. Il faut rester respectueux des autres, encore plus des personnes qui ont fait chaviré notre coeur et qui réveille des émotions en nous parfois incontrôlable. C’est bien là le piège tendu. Il s’agit donc bien là d’un exercice périlleux. Sinon le plus périlleux d’entre tous.
Si j’insiste sur cette idée de parole plutôt que de silence sur un sujet aussi impactant pour l’âme que celui-là, c’est que je veux prévenir un danger inhérent au silence. En effet, le silence peut parfois cacher l’attachement du coeur à une personne dont nous avons pas tout à fait fait le deuil. Ce qu’on appelle communément, les fantômes dans le placard, excusez-moi l’expression. Ce silence peut correspondre à du déni. C’est à dire que la personne se persuade que son choix est le bon, et il l’est surement, mais son coeur palpite plus que de raison au souvenir d’une tierce personne. Que cette personne ait éprouvé des choses en retour ou non. Qu’il y ait eu une relation ou non. S’engager dans une relation sérieuse avec une ombre qui place au-dessus peut s’avérer dévastateur sur le long terme. A chaque instant de crise dans le couple, la personne peut se dire alors: et si j’avais été avec elle ou lui? Le coeur n’est pas tranquille. Parfois le coeur peut aller jusqu’à se déchirer, comme il est dit dans la page 204 à propos des maisons d’Allah.
Mon coeur a longtemps été une maison hantée. Mais à présent, ma vie ne m’appartient plus. J’ai le devoir de parler. Non seulement à la personne aimée, non seulement à mes coreligionnaires, mais publiquement. C’est ainsi. Il me faut assumer. Le fait est que si j’assume dévoiler ma vie et ses travers, j’ai un devoir à l’égard de ceux qui y apparaissent. Alors bien sur, ceux qui y tiennent une place valorisante apprécieront être mentionnés. Mais ceux dont je dévoile les travers, c’est une autre histoire. Comprenons bien tout le poids de la responsabilité de parler sur autrui. Si la personne s’avère être un injuste condamnée au feu, alors c’est un mérite. Mais si cette personne a un tant soi peu de bon en elle, alors certaines paroles peuvent être de graves péchés. Seul Allah peut décréter que l’on dénonce autrui. Celui qui endosse cette responsabilité doit être bien sur que ce n’est pas une suggestion du malin pour le mener à sa perdition.
Si je fais ici un travail de thérapie personnelle, l’écriture est à mes yeux le plus efficace de par sa capacité structurante de la pensée, ce texte s’adresse avant tout à tout le monde qui voudra bien se l’approprier et le méditera pour progresser dans sa foi et son couple.
Cette histoire débute en cette fin d’été 2008. Grâce à Jazzpel, j’ai pu pénétrer dans une partie de l’univers artistique parisien. J’y ai rencontré notamment un peintre avec qui je vais collaborer de manière fructueuse. Ce peintre est en concubinage avec une sénégalaise. Ils filent un amour qui parait parfait aux yeux des gens. Une célébration de la diversité et du multiculturalisme. Ils ont l’esprit ouvert, pourront dire certains. La réalité, et je dis cela avec tout le recul que je possède à présent, est que cette union est subordonné à la soumission pleine et entière de cette femme à la culture et au mœurs de cet homme. Elle a donc consenti à effacer tout son héritage spirituel pour briller à son bras en ce bas-monde. Tout ce qui l’en reste sert à étoffer une apparence exotique. Des fers de lance de l’anti-racisme dont l’union consiste en l’exaltation d’une forme extrêmement vicieuse de néo-colonialisme. Si je vous raconte tout cela, c’est que depuis, ils se sont séparés. Et si lui a mis la main sur une proie équivalente, ce n’est pas son cas à elle. Elle est reparti vivre en Afrique, dans un autre pays que celui de son origine, et s’est marié avec un musulman avec qui elle partage la foi. Sa vision du monde a donc radicalement changée. Pour certains, elle sera traitée de réactionnaire et de traitre.
En cette fin d’été donc, il y avait une journée portes ouvertes dans l’atelier collectif où il résidait. C’était l’endroit où il fallait être. C’est alors que je fais la rencontre d’une jeune femme sénégalaise. Immédiatement, je ressens une étrange proximité avec elle. Vous savez, ce sentiment de connaitre déjà la personne. C’est une très belle femme avec énormément de caractère. Assez vite, nous tombons d’accord sur une séance photo. Elle est musicienne et comédienne. Mon travail avec Rachel de cette année là aurait fait envie à n’importe quelle femme désireuse de se mettre en valeur. Rendez-vous est donc pris. Je propose de la raccompagner en voiture. Une fois arrivé en bas de chez elle, je tente une approche. Elle me repousse gentiment. Dans un premier temps, je me dis que je dois rester patient. Mais tout bascule, car je rencontre une femme sur internet quelques jours plus tard. Cela va durer 3 ans. Même si j’ai fait une croix sur elle, je me dois d’honorer le rendez-vous. Quelques jours plus tard, je débarque donc dans un appartement de banlieue. Il est vide. Cela aurait du éveiller ma méfiance. Mais qu’importe. Nous allons travailler deux jours entiers. J’explore deux facettes du personnage: son coté moderne de femme parisienne qui aime l’élégance et à l’allure élancée et celui de la griotte africaine aux traits marquées par la vie et aux tenues traditionnelles. Cela rejoignait les enseignements que je tirais de l’univers de la trance, où en chacun de nous se côtoie un homme tribal intemporel et un homme bien ancré dans son temps. Chaque facette se révèle tour à tour.
Si dans chaque direction, je possédais des clichés réussis, une petite série prise vite fait avec le miroir de la salle de bain et où nous rentrions tous deux dans le cadre révélait clairement une proximité et une attirance mutuelle indéniable. Tous ceux qui ont vu ces images l’ont remarqué. Pourtant, nous nous sommes éloignés. C’est ainsi. Nous restons en contact et nous voyons de temps à autres à l’occasion d’évènements artistiques. De son coté, elle vit en concubinage avec un homme qui travaille pour le département musique du monde d’une maison de production de renommée internationale d’origine japonaise (en quatre lettres). Il a d’ailleurs toujours des albums à donner quand on le visite.
Tout bascule dans ma vie en 2012. Me voilà converti à l’Islam en avril. De manière très théorique, convenons-en, mais tout cela est relaté dans divers articles. Le chemin dans la foi est long et périlleux. Autour de cette conversion, il y a une femme qui a partagé ma vie. Constatant le gouffre béant entre qui je pense être et ce que je suis vraiment, elle tient des propos extrêmement durs à mon égard. A raison, dans un certain sens. Le souci, c’est qu’elle n’est absolument pas dans l’Islam. Son jugement est donc celui d’une femme occidentale, même si elle est musulmane d’origine. Traumatisé par ses mots, c’est alors que je vais visiter cette amie sénégalaise. Elle me réconforte. Elle m’offre une miséricorde pour avancer. J’imagine que cette rencontre est peut-être le point de départ pour une autre vie pour elle. Toujours est-il que cette année là aussi pour elle, son rapport à la foi change.
Un jeudi soir mon téléphone sonne. C’est elle. Aussitôt j’ai un pressentiment. Cet appel va m’emmener là où je ne veux pas aller. Je décroche. Ses propos confirment ce ressenti. Son concubin est en déplacement. Elle me propose de passer la soirée avec elle et de dormir chez elle pour me simplifier les choses. Le poids de l’épreuve me tombe alors dessus. Je n’ai pas d’autre choix que d’accepter. Nous sortons quelque part dans Paris. Nous rentrons chez elle. Nous passons quelques temps ensembles, sans que rien d’ambigu ne se passe et je dors dans le salon. Toutefois, elle tient à me montrer qu’elle a acheté un Coran en français, mais que malheureusement, la nuit précédente, de l’eau s’est répandue sur la table et qu’elle l’a mis à sécher sur le radiateur. Le livre est abimé mais tout à fait lisible. La nuit passe.
Le lendemain matin, nous sommes vendredi. Elle habite à peu de distance de la mosquée de Paris. Je vais donc m’y rendre. Nous passons donc une grande partie de la matinée ensemble. A un moment, j’ai comme un intuition qui me vient en tête. Je lui demande alors de me montrer son Coran. Elle m’explique alors qu’il était posé sur la table durant la nuit. A coté, il y avait une petite bouteille d’eau et pour une raison inconnue, elle s’est vidée de son contenu, lequel a imprégné le livre par capillarité. Je me dis alors que si le livre n’est pas totalement imprégné, c’est que l’on doit pouvoir trouver la limite de montée de l’eau dans les pages. Je le referme et le maintiens compressé. J’observe alors la tranche des pages. Et en effet, on discerne clairement la limite de progression de l’eau. Je l’ouvre alors à la page qui marque cette limite. C’est un Coran en version française, je constate donc que la page de droite présente une légère trace d’humidité tandis que celle de gauche est inaltérée. Je me mets alors à lire la page de droite:
23. Or celle qui l’avait reçu dans sa maison essaya de le séduire. Et elle ferma bien les portes et dit : « Viens, [je suis prête pour toi!] » – Il dit: « Qu’Allah me protège! C’est mon maître qui m’a accordé un bon asile. Vraiment les injustes ne réussissent pas ».
24. Et, elle le désira. Et il l’aurai désirée n’eût été ce qu’il vit comme preuve évidente de son Seigneur. Ainsi [Nous avons agi] pour écarter de lui le mal et la turpitude. Il était certes un de Nos serviteurs élus.
25. Et tous deux coururent vers la porte, et elle lui déchira sa tunique par derrière. Ils trouvèrent le mari [de cette femme] à la porte. Elle dit : « Quelle serait la punition de quiconque a voulu faire du mal à ta famille sinon la prison, ou un châtiment douloureux? »
26. [Joseph] dit : « C’est elle qui a voulu me séduire ». Et un témoin, de la famille de celle-ci témoigna : « Si sa tunique [à lui] est déchirée par devant, alors c’est elle qui dit la vérité, tandis qu’il est du nombre des menteurs.
27. Mais si sa tunique est déchirée par derrière, alors c’est elle qui mentit, tandis qu’il est du nombre des véridiques ».
28. Puis, quand il (le mari) vit la tunique déchirée par derrière, il dit : « C’est bien de votre ruse de femmes! Vos ruses sont vraiment énormes!
29. Joseph, ne pense plus à cela! Et toi, (femme), implore le pardon pour ton péché car tu es fautive ».
30. Et dans la ville, des femmes dirent : « La femme d’Al-Azize essaye de séduire son valet! Il l’a vraiment rendue folle d’amour. Nous la trouvons certes dans un égarement évident.
A ce moment, je suis à la table du salon. Elle est entre la fenêtre et moi. Elle apparait donc en contre-jour et elle est noire. Malgré cela, je vois bien qu’au fur et à mesure que je lis, elle blêmit. Il faut bien comprendre qu’à cette époque, je ne connaissais pas bien les écritures, mais il me semblait bien que c’était le seul passage du Coran qui relate une histoire de ce type. Je découvrais le texte au même moment. J’étais tout aussi impressionné et bien conscient de ce qui s’était joué dans cet appartement dans les dernières heures. Ce fut donc une grande leçon pour l’un et l’autre.
Nous avons cheminé chacun de notre coté pendant quelques temps. Au début de l’année 2014, cela me semblait évident: je devais partager ma vie avec elle. Je l’appelais donc. Elle ne l’entendait pas de cette oreille et refusa mon offre. A ce moment là, je pense ne pas me tromper en disant qu’elle me considérait comme trop rigoriste. Elle aspirait à plus d’amour et de miséricorde dans la foi. Une vision plus chrétienne somme toute.
La partie qui suit a été rédigée le 22 janvier 2019 dans un article nommé « L’affaire Keystream 2 » (analogie avec l’affaire Clearstream 2) mis en privé depuis.
Puis elle disparaît de mes écrans radar pendant plusieurs mois. Elle réapparaît en janvier 2015. Au ton de sa voix, je comprends immédiatement que quelque chose a changé. En effet, elle est parti pendant plusieurs mois partager la vie des Mouride, une branche des Tijanes, c’est à dire en gros, les soufis d’Afrique de l’ouest. Je ne la reconnais plus. Elle semble être devenue littéraliste et plus vraiment tolérante. J’ai l’impression d’un lavage de cerveau. Horrible sensation. Et là, elle fait sa déclaration. A son tour. Je crois que si rien n’avait changé, j’aurais accepté. Mais là, ce n’était plus possible. Ce n’était pas du tout ma façon d’envisager l’Islam et je me voyais pas du tout partager ma vie avec quelqu’un comme ça. On peut différer dans les pratiques, les rites, les chants, mais l’esprit lui, doit être le même. Et cet esprit, je ne le ressentais plus. J’ai donc déclaré vouloir prendre mon temps. Et c’était vrai. J’espérais encore à ce moment là, qu’elle recouvre l’esprit. Une année court. Nous voilà en janvier 2016. Au niveau des émotions sentimentales, c’est l’effervescence dans ma vie. Je me pose des milliards de questions.
C’est à ce moment là qu’elle me fait réellement découvrir les Mouride. Je ne vais pas tout raconter, c’est très dense. Dans les grandes lignes, c’est donc une division des tijanes. L’essentiel de leur pratique est centré autour du dhikr, c’est à dire la répétition d’invocation pendant de long moment. Il se crée alors une sorte de transe. Phénomène commun à tous les soufis. Je vous renvoie à mes articles sur le sujet. Ils jouent de la musique et dansent. On retrouve des aspects fondamentaux de la culture animiste africaine. C’est une sorte d’Islam hybride. Inutile de vous dire qu’il est totalement excommunié par nos chers amis garants de la vérité que sont les savants salafis. De là à penser que j’adhère au mouridisme, il y a un pas. Parmi les choses flagrantes qui m’ont réellement dérangé et qui m’ont fait prendre mes distances, il y a notamment le culte rendu aux “gourous”. Les disciples vont parfois jusqu’à se mettre à genoux devant eux. Et là, c’est au dessus de mes forces. Jamais je ne pourrais accepter cela. Et dites-vous bien que chez les autre tijanes, c’est quasiment la même chose. En réalité, c’est toujours le même schéma. A la base, nous avons un opposant politique à l’empire auréolé de mysticisme, à qui il arrive des choses extraordinaires et qui va libérer son peuple en enseignant de nouvelles pratiques spirituelles. Les exemples ne manquent pas de par le monde. Aux états-unis, par exemple, nous avons les Nation of Islam. Celle qui m’a le plus choqué, et qui conditionne l’appartenance à cette confrérie, c’est la façon de se saluer. J’explique le concept. Nous savons que tout le mal de l’humanité provient de l’événement initial du refus du diable de se prosterner devant Adam. Les Mourides enseignent donc qu’au moment de se saluer, les frères doivent se prosterner l’un devant l’autre. En pratique, cela donne que lorsque deux frères lambdas se rencontrent, ils posent leur front sur la main de l’autre et vice versa. Là où cela diffère, c’est entre les gourous et les disciples lambdas, il y a une réelle dissymétrie de prosternation. Quand on analyse la chose, c’est vraiment bien trouvé. Cela permet de distinguer immédiatement qui appartient au groupe et qui n’y appartient pas. En effet, celui qui n’accepte pas de se soumettre à cette mini prosternation, est en réalité, à leurs yeux, un disciple du diable. Je vois d’ici certains ne pas en croire leurs yeux. Renseignez-vous. C’est la réalité.
Comme je sortais d’une soirée organisée par les Mourides en sa compagnie, un homme qui se tient devant l’entrée, m’aborde et me dit: “Voilà, à présent, tu ne fais plus parti des égarés.” Comprenez bien ici, que je ne fais plus parti du groupe des musulmans de base, mais bien de celui, restreint des Mourides. Par cette phrase, il entend provoquer chez moi un acte de soumission au groupe qui se traduira par cette façon de se saluer. C’est imparable. Inutile de vous dire, qu’il était hors de question pour moi de me soumettre à ces gens. Et si je ne dois jamais les revoir, cela m’est complètement égal. A ce moment là, je rentrais donc en compagnie de cette amie. Je restais patient. J’espérais encore de sa part. Je sentais que l’issue était proche. Et je n’avais pas tort, mais pas exactement dans le sens où je le voyais.
Quelques jours plus tard, elle me conviait à son concert pour prendre des photos. Je la trouvais très stressée sur scène. Pas du tout comme à son habitude. Je raccompagne une amie à elle chez elle. C’est alors que j’apprends la vérité. Son amie m’annonce qu’elle vient de se marier en secret et que son mari désapprouve son activité artistique (parce qu’elle est une femme, car la musique est au coeur de leurs réunions). Cela devait être en quelque sorte, son adieu au monde de la musique. J’ai du mal à réaliser. Quelques jours avant, j’étais encore avec elle. Tout s’est fait si vite. Et sans rien dire. Je suis choqué mais encore dans le déni. J’ai besoin de preuves. Heureusement le Créateur est à mes cotés. Quelques jours plus tard nous parlons au téléphone. Elle est dans sa cuisine, je reconnais l’écho propre à la pièce. Je la somme de m’avouer ce qui vient de se passer dans sa vie. Elle refuse de parler et essaie de détourner la conversation. Je suis livide. Nous raccrochons. Quelques minutes plus tard, le téléphone sonne de nouveau. Cette fois, c’est un numéro africain. Je décroche. Je reconnais l’écho de la cuisine et j’entends une voix d’homme au loin. Elle est bel et bien mariée, il n’y a donc aucun doute là-dessus. Merci mon Dieu de me révéler cela. Surtout dans la situation inextricable où je suis à ce moment là. Mais c’est une autre histoire.
Évidemment, il m’est impossible de lui reparler. J’ai vraiment trop de rancœur à son égard. Les mois défilent. Elle réapparaît pendant le Ramadhan 2018. Un appel au secours. Elle ne veut pas dire ce qu’il se passe. Je dois venir directement chez elle. Ce que je fais. Elle habite de l’autre coté de Paris. Et rien. Je dois rentrer chez moi avec la désagréable sensation qu’elle se paie ma tête. Admettez que je suis quelqu’un de gentil et fidèle. J’étais encore prêt à voler à son secours malgré tout. Enfin voilà. Là, c’en était trop. Je n’ai plus répondu à ses appels. Et parfois elle était très insistante.
Nous voilà en décembre. Les Gilets jaunes. Je suis euphorique. Elle m’a laissé plusieurs messages. Je me dis qu’il est temps de répondre. Elle est heureuse de me parler. Elle me propose de passer chez elle le samedi 19. Je suis un peu ennuyé. J’ai l’impression que je vais rater quelque chose et que j’ai fait le mauvais choix. En réalité, je suis en train d’œuvrer pour la cause, mais je ne vais le comprendre que très tard dans la soirée. Je débarque en milieu d’après-midi chez elle. Je porte un long manteau noir et mon foulard jaune. Je n’ai pas de gilet pour la première fois un samedi. Toutefois, le foulard passe difficilement inaperçu et renseigne immédiatement sur mes aspirations. La révolution avec la classe. C’est mon coté bourgeois qui ressort. On ne se refait pas.
La porte s’ouvre. Je découvre son mari. Il me sert la main normalement. Je suis attendu. Je les sens tous deux très nerveux. On dirait qu’ils jouent gros. Assez vite, il va me sortir tout un tas de documents. Des albums photos, des contrats, des devis. Je me dis que c’est quelqu’un de bien placé dans la communauté Mouride. Elle n’a pas “choisi” un sous-fifre. Je suis content pour elle. Je vais vite déchanter. Il est en train de me faire de l’esbroufe. Comme un petit escroc de bas étages. Il me montre la cérémonie du 8 mai qu’il a organisé. Il est en compagnie de membres du gouvernement du Sénégal, d’anciens combattants français. Ils célèbrent les tirailleurs sénégalais, mais sous un angle Mouride. C’est à dire que c’est un Mouride dont le nom est mis à l’honneur. J’imagine qu’il s’agit d’un gourou officiel. Les autres ne sont qu’une chiffre sur une banderole. Ceci pour bien que vous compreniez la hiérarchie basé sur la religion au sein de cette confrérie et comment elle s’est implantée au plus haut sommet de l’état africain. Parmi les officiels, il y a une ancienne membre du gouvernement de 2007. Je la reconnais à peine. Elle a vraiment changé. Immédiatement, je perçois une proximité étrange entre lui et cette personnalité. Je le ressens aussi à sa façon d’en parler. C’est un homme à femme. Il peut difficilement le cacher. Et là, il me sort la cerise sur le gâteau: le projet de maison Mouride pour les sénégalais. 17 millions de budget pour le terrain. 83 millions d’euros pour le projet total. Un projet de maison d’accueil pour les migrants d’Afrique de l’ouest, avec prise en charge, cours de langues, etc… Et encore, ce n’est pas le budget final avec les éventuels dépassements comme dans tout projet immobilier qui se respecte en région parisienne. Mais je m’égare. Je me dis à ce moment là, qu’il y a erreur de casting. Des millions d’euros. Je veux bien faire un don, mais tout de même, de là à me présenter le projet de la sorte, je vois pas très bien quel poids je peux avoir. Il me dit alors que l’argent n’est pas un problème.
Ah? Bon. Très bien. Tant mieux.
Non, il a une autre idée en tête. Je ne vais pas rentrer dans les détails. Le but ici est de montrer que son association est sérieuse et qu’il a le bras long. Son but est uniquement que je lui loue l’appartement qui appartenait à ma mère pour une somme réduite. Somme qui proviendra de l’association, cela va sans dire. Sous couvert d’héberger des gens importants. Je le préviens qu’il y a beaucoup de travaux. Qu’à cela ne tienne, il fera venir des disciples de sa secte, n’ayons plus peur des mots, pour travailler bénévolement dans l’appartement qu’il a planifié d’habiter avec sa femme. Je rappelle au passage qu’il me connait depuis une heure. C’est dire la déconnexion complète de cet individu avec la réalité. Intérieurement, je boue. Mais je ne parais rien, et je me contente de voir jusqu’où toute cette histoire va nous mener. 17h, l’heure de la prière arrive. Je suis stressé de rater l’horaire car ils n’ont pas l’air vraiment très concernés. Heureusement, il y a un foyer non loin de là. Il chausse des claquettes et m’y conduit. Mais au moment où je me déchausse et passe la porte, il me fait signe qu’il rebrousse chemin.
-Tu comprends, moi, je suis dispensé de la prière de par mon statut spécial.
-Mais fais bien comme tu veux. Chacun son problème.
De retour en sa compagnie, il m’emmène dans le 12ème. En chemin, il m’annonce froidement la fausse couche de sa femme. Comme si il parlait d’une personne étrangère. « Elle a perdu son enfant. » C’est très malaisant. Il a organisé une réunion avec certains membre de sa secte. Nous arrivons vers 18h30. La séance commence à 19h et doit se terminer vers 22h30. Mais comment vais-je faire pour m’esquiver? Je suis assis juste à coté de lui en plein milieu de la salle. Patience. Patience. Allah est avec les endurants.
Il est question de sous. La présidente en charge est parti avec la caisse. 4000 euros ont disparus dans la nature. Décidément. C’est une maladie chez leurs responsables. Les disciples entrent un à un dans la pièce et marquent leur soumission à mon voisin. Certains me calculent à peine. C’est long. Très long. A un moment, puisque je ne comprends rien, je vais sur Fb sur mon téléphone. Il y a un article mainstream qui me saute aux yeux et qui vient juste d’être posté: la blague du président sur l’opposition entre le pain au chocolat et la chocolatine. Hum… très drôle…
Rira bien qui rira le dernier monsieur.
Tout allait bien, tout était sous contrôle. Il n’y avait plus qu’à. Seulement voilà. Le Patron a toujours le dernier mot. Toujours.
Est arrivé le moment où un homme vêtu d’un qamis, en face de moi, de l’autre coté de la salle, a débuté une psalmodie typique des Mourides. Ce n’était pas le Coran. J’ai senti alors une douce chaleur m’envahir autour du coeur. J’ai alors placé mon foulard jaune vif sur la tête et j’ai penché la tête en avant en fermant les yeux. Quelle puissance.
L’homme s’est arrêté. Mon voisin a repris la parole. C’est alors que j’ai senti une onde se propager en moi. J’ai porté mes mains devant mon visage et mes lèvres ont commencé à remuer pour glorifier Allah sans bruit, du bout des lèvres. Je partais en transe. Mon voisin, lui, s’était lancé dans un long monologue sans fin. Le ton de sa voix n’était pas agréable. Je sentais le mal en lui. Je ne sais ce qui se passait autour. Il y avait un grand silence. Une partie de la salle comprenait ce qui était en train de se passer. J’étais envahi de sérénité. Nous sortons tous ensemble. Je suis d’un calme olympien. Une femme d’origine asiatique passait par là. Elle vient vers lui. Je vois bien qu’il n’en peut plus. Il est pathétique. Tout ce ménage n’échappe pas aux yeux des disciples. Je sais qu’ils ont compris qui j’étais. Et surtout pourquoi j’étais là ce soir là.
Un homme, un blanc, le seul, vient se ranger devant nous. Je déclare partir à pied de mon coté. Le gourou insiste. Il perd réellement patience. J’ai l’impression qu’il veut vraiment que je sois sur la place avant de la voiture alors qu’il est derrière. Peine perdue. Je discute avec le conducteur. Une crème. Je comprends alors qu’il est un infiltré. D’où? Je ne saurais dire. Mais il est en mission. C’est une évidence. Je lui dis alors: “Tous les groupes religieux sur terre ont une spécificité. Certains ont des outils spirituels bien plus puissants que les autres. Si c’est un avantage, c’est aussi un inconvénient, car un grand outil peut se retourner contre soi et vous précipiter dans le feu.”
Fin de l’article de 2019
Je ne donne donc pas suite à ce projet. Quelques temps passe sans trop de nouvelles. Je ne me souviens plus très bien de tout ce qui s’est passé ensuite. Il y a eu un période d’ignorance. Sa meilleure amie était incapable de me dire quoi que ce soit à son sujet. Elle était tenue à l’écart également. Surement parce que pas assez pure selon leurs critères. Je finis par apprendre ce qui lui ai arrivé en appelant sur son téléphone à elle et qu’il me réponde. Il m’explique alors qu’elle a commencé à tenir des propos incohérents plusieurs mois auparavant. Elle ne reconnaissait plus son mari. Elle disait le chercher, alors qu’il était devant elle. C’était devenu une obsession. Après l’avoir mis en situation délicate avec son entourage, il tenta de surement de la maintenir tranquille. Elle profitait de son inattention pour sortir. Ce manère dura un certain temps. Il prit alors la décision de la faire interner en psychiatrie. Il met fin à la conversation. Quelques mois passent, et elle finit par réapparaitre à mon grand soulagement. Mais celui-ci est de courte durée. Le ton de sa voix a changé. Elle n’est plus la même. Elle tient des propos réellement incohérents. Elle qui a toujours été très sollicitée dans sa vie, me raconte que tout le monde lui tourne le dos. Les gens refusent de l’écouter. Ce que je comprends aisément étant donné les propos tenus. Pendant un long moment, elle va garder le contact avec moi, promettant que nous allons nous voir. Il est même question qu’elle vienne me voir dans le Cantal. Nous nous voyons une fois. Il y a beaucoup de monde autour de nous ce jour là. C’est ainsi que je pense que cela devait être. Elle a changé physiquement. Elle n’est plus cette jeune fille fraiche que j’ai connue. Mais ce n’est pas que l’âge qui a fait son œuvre, mais autre chose. Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec ma mère( l’anniversaire de ma mère est le 14 juin). Même si elle s’en est mieux sorti et conserve plus ou moins son autonomie, je ne peux que constater que sa vie est maintenant vide de tout espoir et de tout projet. Elle est condamnée à survivre et à résoudre de simples problématique de la vie quotidienne.
L’entendre parler à chaque appel devient un déchirement. Elle est inaccessible à tout dialogue. Il n’y a plus rien à faire.
Aujourd’hui, je n’ai plus de nouvelles depuis bien longtemps. J’espère qu’elle est en bonne santé. Voilà tout.
Une dernière chose. J’ai fait deux rêves à son sujet. Le premier, vers 2015, je la voyais dans un escalier. Je descendais les marches et lui tendait la main. Elle refusa. Le deuxième, vers 2016, je la voyais dans un camion transportant du charbon. Le camion faisait un vacarme assourdissant. Je criais mais elle ne m’écoutait pas. Le camion démarre et je cours. Mais rien à faire. Je cesse de courir et regarde le camion s’éloigner.
Paix sur les âmes de bonne volonté.